Les primates et le sommeil

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Qui n’a jamais été envieux de ceux pour qui 6 heures de sommeil suffisent? Personnellement je préfère 8 heures, parfois plus. Je peux me contenter de 6 heures, mais au bout de quelques jours je perds en efficacité. La durée de sommeil que nous nous accordons nous affecte tous. Trop de sommeil peut vous laisser groggy et désorienté. Le manque altérera votre humeur et votre concentration. À long terme, les risques pour la santé sont élevés: diabète, obesité, augmentation de la pression sanguine. La majorité d’entre nous dort entre 6 heures et 9 heures par jour. Mis bout à bout cela correspond à un tiers de notre vie. Si vous trouvez que c’est beaucoup sachez que nous sommes en fait les primates qui dorment le moins. C’est ce que conclu une étude récente sur l’impact du sommeil sur notre évolution. Ces recherches suggèrent que notre sommeil s’est réduit avec le temps, mais il est plus profond.

 

Il y a 3 millions d’années nos ancêtres ressemblaient encore à des singes. Les australopithèques dormaient probablement dans les arbres, comme les chimpanzés modernes. Il n’est toujours pas de preuves qu’homo erectus maitrisait le feu il y a 2 millions d’années, mais cet hominidé était bipède. Homo erectus passait sa vie au sol et a peut-être été le premier hominidé à y dormir. Si c’est le cas nous dormons au sol depuis bien longtemps déjà, ce qui aurait permis un meilleur sommeil pour une bonne raison: l’absence de risque de chute. Et ce, malgré les dangers liés aux prédateurs, car Homo erectus avait appris à maitriser le feu (les flammes et la fumée étaient de bons répulsifs). Les grottes furent également un bon moyen pour lui de rester à l’abri. D’après les théories actuelles, l’augmentation du volume du cerveau de nos ancêtres a nécessité un apport en énergie.

 

Une autre étude a démontré la corrélation entre la taille des dents des hominidés, le comportement alimentaire, le temps moyen consacré à la recherche de la nourriture, et la cuisson des aliments. Le fait de cuire les aliments apporte des avantages importants pour l’individu : moins de temps de mastication car les aliments sont plus mous, une capacité supérieure d’absorption des calories et une plus grande diversité de choix des aliments. Jusqu’à présent, pour savoir si une espèce faisait cuire ses aliments, les scientifiques se basaient sur l’existence avérée de traces de foyers. Les plus anciens foyers authentifiés ont été découverts, entre autres, à Terra Amata en France et à Zoukoudian en Chine. Ils sont datés de – 400 000 ans. Ces preuves directes de la cuisson des aliments sont souvent accompagnées d’ossements cuits ou brisés pour en retirer la moelle. Les chercheurs ont ensuite comparé les tailles des dents de nos cousins primates avec celles de plusieurs espèces d’hominidés (Homo erectus, Homo neanderthalensis, Homo sapiens).

 

L’étude a permis de mettre en lumière que depuis 1,9 million d’années, c’est-à-dire depuis l’apparition d’homo erectus, la taille des molaires a diminué progressivement. Ces molaires qui nous servent à mâcher, écraser les aliments les plus coriaces. Les grands singes, eux, ont conservé des molaires de taille supérieures. L’apprentissage de la cuisson est donc apparu après la séparation de la lignée humaine de celle des grands singes. Pour les chercheurs cette petitesse relative de nos molaires, comparée à celles des grands singes, est un indice de changement de pratique alimentaire. Cette diminution de taille des molaires a été trop rapide par rapport à la diminution des mâchoires pour en être la conséquence. Ils en déduisent que les hominidés (depuis homo erectus, il y a 1,9 million d’années) faisaient cuire leurs aliments.

 

Il y a des preuves évidentes qu’à la même période ils sont devenus plus intelligents. Des outils typiques de l’Acheuléen comme le hachereau démontrent un progrès parmi bien d’autres. Le terme Acheuléen désigne à la fois une période du paléolithique inférieur et l’industrie lithique caractéristique de cette période. Les techniques de fabrication se répandent plus ou moins bien selon les capacités d’apprentissage et de communication. L’augmentation de la taille des groupes, des armes et des outils de meilleures qualités, autant de changements qui ont influencé le sommeil et la cognition.

 

Pour comprendre les particularités du sommeil humain, des chercheurs ont comparé 21 primates. Parmi les critères pris en compte, il y a la durée mais aussi les différentes phases de sommeil. Le sommeil paradoxal, par exemple, sert à consolider la mémoire à long terme. Et les conclusions sont intéressantes: l’homme a la plus grande phase de sommeil paradoxale, 25% environ. Cette proportion chez les autres primates n’est que de 5 à 10%. Une comparaison entre les grands singes et les petits singes révèle un motif similaire: les grands singes qui passent leurs nuits dans les arbres dorment plus profondément que les petits singes qui sont au sol dans un environnement insécure. D’un point de vue évolutionniste tout cela a du sens.

 

L’apparition des techniques moderne comme la lumière artificielle perturbe-t-elle nos besoins naturels de sommeil? Sans doute pas tant que cela. Une étude publiée récemment a fait le point sur les habitudes de sommeil dans des sociétés préindustrielles: deux groupes de chasseurs-cueilleurs en Afrique et un groupe de cultivateurs en Bolivie. Tous ces groupes dorment en moyenne 6,4 heures par jour. C’est moins que dans une société industrielle. Ces gens se lèvent avant le soleil et se couchent après lui, ce qui suggère une indépendance aux cycles du soleil. Moins de sommeil ne semble pas réduire leur capacité cognitive ni leur état de santé. Cette étude ne nous dit rien à propos d’Homo Erectus, mais cela signifie que les premiers humains modernes se contentaient de peu de sommeil. Certains groupes ont sans doute hérité de gênes qui permettent de moins dormir.

 

Le sommeil paradoxal est très important pour le développement du système nerveux. Les bébés passent plus de temps dans cette phase que les enfants ou les adultes. Bien dormir durant le jeune âge est essentiel. Nos connaissances sur le sujet restent cependant limitées et bien d’autres études restent à mener sur d’autres espèces.
Le dauphin est très intelligent mais ne connaît pas le sommeil paradoxal et ne dort que d’un hémisphère à la fois pour ne pas se noyer. La girafe dort debout en bloquant ses articulations en raison de sa grande taille et du risque de prédation. Le mode de vie influence le besoin de sommeil, c’est certain. Le temps que nous passons à dormir est loin d’être inutile. Après des millions d’années d’évolution, il est légitime d’accorder à notre cerveau un temps de repos adéquat.

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