Déformations crâniennes en patagonie

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Si vous vous cognez l’arrière du crâne, vous remarquerez qu’il est très dur. Mais durant les premières années de l’enfance, il l’est beaucoup moins. Avec la méthode adéquate il peut être modelé, changeant son apparence pour toujours. C’étais une pratique connue et utilisée partout dans le monde il y a 45000 ans. La déformation volontaire du crâne est une pratique culturelle chez certains peuples, comme les burgondes, les Huns ou certains peuples Andins, par exemple. Elle entraîne un développement inhabituel des os pariétaux en hauteur. Cette pratique volontaire ne doit pas être confondue avec la déformation positionnelle qui est, elle, involontaire et peut de ce fait être considérée comme pathologique.

 

Certains y avaient recours à des fins esthétiques, d’autres pour gagner du pouvoir. L’os pariétal peut subir une déformation considérable (et d’ailleurs irréversible) par bandage du crâne depuis l’âge de nourrisson jusqu’à la fin de l’adolescence. Cette coutume, principalement dictée par des motifs esthétiques, est détectable sur les squelettes d’Asie centrale du 1er siècle. Elle gagne l’Europe centrale au 5ieme siècle avec l’invasion des Huns, et se manifeste dans les sépultures de Goths, d’Alamans, d’Avares, de Thuringiens, de Burgondes et des Francs, chez qui elle a dû être en vogue pendant trois générations. Rien qu’en Allemagne, on a retrouvé 23 crânes présentant cette déformation, soit 10 % de tous les sujets découverts en Europe. La nécropole du Frauenberg, dans les environs de Leibniz (Flavia Solva) en Autriche, dont les 400 sépultures sont datées du second tiers du 5ieme siècle, a révélé cinq squelettes présentant la déformation burgonde : celui d’un homme d’environ 50 ans, et de quatre enfants dont les âges s’étalent entre 2 et 10 ans. Les premiers crânes de ce type découverts en Italie, celui d’un homme âgé et d’un enfant, ont été mis au jour à Collegno. En France, une tradition encore répandue au début du 19ieme siècle qui consistait à coiffer les nourrissons bandeau serré, était souvent à l’origine d’une déformation crânienne non souhaitée, telle que la « déformation toulousaine » décrite par Paul Broca à la fin du 19ieme siècle ou la « déformation normande ».

 

Il semble que cela était une pratique courante il y a 2000 ans en Patagonie. Des douzaines de crânes offrent un nouveau point de vue. En 2009 une équipe d’archéologues a trouvé d’intriguants restes. Sur 60 crânes d’adulte 30% environ étaient déformés, ce qui n’avait jamais été observé en Patagonie. La déformation d’un crâne doit commencer durant l’enfance, lorsque les os du crâne sont encore suffisamment souples. C’est une décision que seuls l’entourage proche peut prendre. Cela va de soi, n’essayez pas chez vous. Une des méthodes pour déformer le crâne de son enfant est de serrer très fort une bande de tissu autour. Celle-ci va le déformer et va le forcer à prendre une forme cylindrique. Toutefois cette méthode n’est pas sans danger: si le tissu est top tendu, l’enfant peut mourir. Une autre méthode dans le but d’obtenir une autre forme est d’utiliser une planche de bois. La tête du bébé doit être pressée pendant une longue période afin d’obtenir un crâne aplati.

 

Les Amérindiens utilisaient un berceau de contention. Le bébé était attaché au berceau pour que leur mère soit plus libre. Au début c’étais sans doute involontaire, puis une sorte de mode s’est développée. Cela servait certainement de symbole permanent d’appartenance à un groupe et pouvait être considéré comme magnifique. Mais dans le cas des chasseurs-cueilleurs de Patagonie, peuple nomade qui vivait dans une société peu structurée, ce scénario est peu probable. D’après des travaux récents, une autre théorie ferait sens: l’expension territoriale et l’accès aux ressources. La deformation des crânes était une pratique courante parmi les groupes préhistoriques de la Cordillère des Andes. Ces peuples survivaient grace à des ressources éparses. Établir une relation basée sur l’apparence du crâne aurait ainsi joué un rôle important dans la confiance portée entre groupes. C’est une idée basée sur l’analyse de leur alimentation. Tout ce que nous consommons laisse des traces chimiques dans nos os. Selon ces analyses, les incas avaient un régime alimentaire varié: à la fois terrestre et marin, témoignant de la diversité de leurs territoires.

 

Beaucoup de questions restent sans réponse. Pour l’instant nous ne connaissons pas la durée de cette pratique sur un individu, ou la prévalence mâle femelle. Nous ne savons pas non plus le type de déformation préféré et pourquoi. Nous savons que les bébés n’avaient pas le choix. Mais si nous comparons cette mode culturelles à nos modes modernes de chirurgie esthétique, il n’est pas étonnant que des parents aient décidé de transformer le crâne de leur enfant, surtout si cela leur donne une meilleure chance de prospérer en tant qu’adulte.

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