L’anthropomorphisme et l’empathie.

nid balbuzard

 

Un nid de balbuzard se trouvait juste à coté du Woods Hole Oceanographic Institution dans le Massachusetts. Celui-ci avait été mis en ligne en 2005. Durant les premières années, peu de gens y ont prêté attention. Tout a changé en 2014: un couple de balbuzards particuliers y avait élu résidence et donné vie à deux petits. Mais la mère commença à attaquer sa propre progéniture. Des emails de plainte sont arrivés contre Momzilla. Et ce n’était que le début. En 2015, ils souffrirent de faim. La caméra reçut alors une avalanche de plaintes et d’emails de protestation contre l’absence d’intervention. Il y eut même des menaces. La caméra fut éteinte, et le reste à ce jour. Pourquoi des gens appliquent leur propre sens de la morale à des actions animales? La réponse se trouve dans notre capacité naturelle d’empathie, qualité essentielle pour une espèce sociale.

 

Lorsque nous sommes confrontés à un individu souffrant, notre cerveau ne répond pas simplement par l’observation, mais aussi par un partage des émotions. Les chercheurs ont démontré que le fait de voir un individu souffrant active les zones du cerveau qui nous permettent de ressentir des événements comme si nous les vivions. Cela fonctionne aussi pour les animaux: nous leur attribuons certaines émotions ou sentiments suivant leurs actions. Lorsque nous voyons un animal souffrant, disons un petit balbuzard, nous ressentons de l’empathie. Nous cherchons à le classer dans une catégorie, ici celle de la victime, et un responsable à blâmer. Et chaque victime à son bourreau: soit une mère balbuzard maltraitante, soit un opérateur de caméra qui refuse d’intervenir dans un processus naturel.

 

L’anthropomorphisme, qu’il soit logique et réaliste ou non, est habituellement sans danger. On peut admettre de dire qu’un chat est content. De la même manière, on peut admettre de dire qu’une mère balbuzard est violente lorsqu’elle attaque ses propres petits. Les gens décrivent ce qu’ils reconnaissent en fonction des émotions ressenties. Mais cela ne signifie pas que ces animaux doivent être rendus responsables de leurs actes. La tendance naturelle à attribuer des émotions aux animaux ne devient problématique que si ces émotions sont inexactes ou si elles conduisent à un dilemme éthique. Les parcs nationaux appliquent une éthique holistique, laissant la nature suivre son cours. Mais le sens commun nous pousse à intervenir, si l’on peut éviter les souffrances inutiles. Les sentiments de pitié et le désir d’intervenir font partie de nous. Notre besoin de prendre soin des souffrants et des esseulés est une caractéristique importante qui fait de nous l’espèce que nous sommes. Alors rassurez-vous, car ces pulsions d’anthropomorphismes ne sont ni stupides, ni inutiles.

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