Les reines de l’adaptation.

 

abeille

 

Ils l’appellent la zone à haut risque. Proche de la capitale du Nicaragua, Managua, le volcan Masaya laisse échapper de la fumée, tandis que du magma bouillonne à sa surface. Des nuages de fumée toxique et des coulées de lave brûlante effacent toute trace de vie. mais lorsqu’une équipe de scientifiques se sont rendus sur place, ils virent une chose toute à fait inattendue: une petite abeille prospectait les tas de cendre à la recherche de nectar. La découverte, un choc sur ce sommet impitoyable, a fait de cet insecte le premier de son genre à être découvert vivant au milieu de cendres volcaniques. L’abeille Anthophora Squammulosa niche exclusivement sur une partie du Masaya. À cet endroit, les températures grimpent jusqu’à 42°C, et des pluies acides tombent occasionnellement sur le sommet du volcan. Plus étrange: aucun signe de vie du règne végetal visible à proximité. Mais pourquoi ces abeilles ont-elles bien pu choisir cet endroit stérile?

 
Ce fut le point de départ de travaux de recherche. Pour commencer, les chercheurs ont voulu savoir combien d’abeilles étaient présentes. Ils visitèrent le site 5 fois au cours de 3 années et estimèrent la population entre 1000 et 2000 abeilles. Mais ces années d’observation les laissèrent avec plus de questions encore, comme le mystérieux ingrédient principal de leur alimentation. Anthophora Squammulosa, comme 90 à 95% des abeilles sont solitaires. Les femelles creusent un nid sur le flanc du volcan, où elles pondront leurs oeufs. Puis elles collectent du pollen et du nectar pour le déposer dans le nid, ce qui nourrira les larves lors de l’éclosion. Des recherches antérieures avaient mis en évidence le fait que les abeilles du genre Anthophora n’étaient pas difficiles quant aux aux variétés de plantes qu’elles butinent. Mais lorsque les chercheurs ont examiné les échantillons de pollen présents sur 10 femelles, 99% du pollen provenait d’une seule plante: Melanthera Nivea, une plante sauvage résistante aux pluies acides du volcan. Et ce n’est certainement pas une coïncidence si ces abeilles ont une relation si étroite avec cette espèce de plante en particulier.

 
Les chercheurs pensent que ces abeilles prospèrent dans cet enfer écologique pour une bonne raison: cela éloigne les prédateurs et les parasites qui pourraient nuire à leur survie. Peut-être est-ce aussi parce que aucune plante dans ce paysage de désolation ne menace leurs nids de par des racines souterraines. Ces découvertes nous prouvent que les abeilles ne sont pas seulement des organismes incroyables, mais sans doute sont-elles aussi bien plus capable d’adaptation qu’on ne le pensait: Anthophora Squammulosa est à la frontière des extremophiles. Cela signifie-t-il qu’il faut relâcher nos efforts vis-à-vis de la protection des espèces? Bien loin de là. Ces abeilles se sont spécialisé à butiner un seul type de plante, et si cette plante venait à disparaître, elles disparaîtraient également. Ces petits pollinisateurs vivent littéralement et métaphoriquement au bord du gouffre.

 
90% de nos abeilles sauvages n’ont pas de reine. Elles sont solitaires, elles travaillent indépendamment, pour elles-même. Elles ne font pas de miel non-plus – chaque goutte de nectar butinée est soigneusement mélangée avec le pollen, formant de petites boules de nourriture et stockée dans les cellules du tunnel pour les futures jeunes abeilles. Elles ne sont pas agressives envers les humains. Elles n’ont pas de stock de miel à défendre. Plus de la moitié n’ont même pas de dard. La définition d’une abeille solitaire par les entomologistes est mieux comprise quand on la contraste avec les abeilles sociales qui coopèrent dans l’élevage de leur progéniture, ont un chevauchement des générations afin que le groupe (la colonie) soutienne pendant un certain temps les parents de leur progéniture au cours de leur vie, ont une division du travail reproductif (c’est à dire que chaque individu ne reproduit pas également dans le groupe). L’abeille solitaire ne montre aucun de ces traits (qui d’ailleurs sont rares et très évolués dans le monde des insectes). Nous avons l’habitude de voir un nid d’abeilles à miel ou de bourdons actifs toute la saison entre le printemps et l’automne. Nous pouvons croire que ce sont les mêmes abeilles travailleuses, mais sauf pour la reine, la plupart des abeilles à miel ne vivent qu’environ 6 semaines (jusqu’à trois mois en hiver). Les nouvelles abeilles arrivent à maturité après avoir été élevées dans les alvéoles. Par contre, pour les abeilles solitaires leur phase volante n’est présente qu’une seule fois par an, l’espérance de vie des femelles est entre 2 et 10 semaines voir des jours. Le reste du temps elles sont en phase larve et/ou phase cocons.

 
Pour les abeilles solitaires, elles sont seules, par définition – même si elles sont souvent grégaires et plusieurs nids ont été retrouvés groupé dans la même zone (une agrégat).Si nous voulons encourager la nidification des différentes abeilles solitaires, pour repeupler les espèces, ou même pour les encourager dans nos vergers, il faut que nous sachions quand elles arrivent, et de quoi elles ont besoin pour leurs nids. L’autre « fait » intéressant/de base est que 70% des abeilles solitaires font leur nids dans la terre (les abeilles terricoles ou ‘mineurs’) recouvert de peu de végétation ou dans les pelouses. Elles sont souvent trouvées dans les berges du sol dégagées de verdure et face aux zones ensoleillées (des buttes ou des talus). Les autres 30% font leurs nids hors-sol et cherchent dans leur habitat naturel les tunnels d’autres insectes (creusés par les xylophages par exemple), le bois mort (Abeilles ‘xylicoles’), les tiges de bois creux (Abeilles ‘caulicoles’) comme les ombellifères et les roseaux, les fissures des rochers creusés par l’érosion, les tiges à moelle (Abeilles ‘rubicoles’) comme le ronce, framboisier, sureau, fusain, rosier et buddléia. Or le bois mort est coupé pour le chauffage, les vieilles tiges de plantes balayées dans nos jardins, tout cela conduit à une pénurie sévère de leur habitat naturel. Par conséquent, nos abeilles, en désespoir de cause, finissent par trouver refuge dans des cavités comme les trous d’aération des fenêtres, les joints des murs en briques, le torchis, le mobilier du jardin, et même les prises d’électricité externes. Les abeilles maçonnes cherchent les tunnels déjà existant. Si vous voulez les aider, pensez à mettre un nichoir à abeilles.

 

 

Selon la matière qu’utilisent les Abeilles Solitaires pour boucher les trous de leurs tunnels hors-sol, il est possible de dresser différents profils:
-Les abeilles maçonnes (ex. Osmia cornuta) : au printemps, l’humidité va permettre à ces abeilles d’utiliser la boue pour construire la structure interne de leur habitat et boucher leur nid.
-Les abeilles tapissières (ex. Megachile rotundata) : en été, elles utiliseront des feuilles épaisses, comme celles des rosiers qui ne se désintègrent pas facilement, surtout en hiver.
-Les abeilles charpentières ou « perce-bois » (ex. Xylocopa violacea) ont besoin du bois mort pour creuser leur tunnels et galeries, jusqu’à 30cm de profondeur. Les abeilles cotonnières (par exemple Anthidium manicatum) ont besoin des plantes ou elles peuvent récolter des fibres pour isoler leur cocons et bloquer leurs tunnels.
-Les abeilles « résine » (ex. Heriades truncorum) utilisent la résine des sapins, combinée avec des petits cailloux pour boucher leur tunnels.
-Certaines abeilles (Osmia avoseta en Turquie et Iran) utilisent même des pétales de fleurs pour protéger leur larve.

 

 

Nous catégorisons également les abeilles solitaires par leur comportement :
-Les abeilles « coucou » (ex. les Nomada, les Coelioxys ou autres) – les kleptoparasites qui ne ramassent pas le pollen, mais qui pondent leurs œufs sur le stock de pollen fait par les autres abeilles.
-Les abeilles de la sueur (sweat bees) de la famille Halictidae : plutôt aux États Unis, qui sont connues pour leur attraction envers le sel dans la sueur des humains. Elles ont souvent des couleurs vives, comme le vert métallique.
Les abeilles cellophane est une référence à une sécrétion produite par les abeilles du genus Colletes (ex. Colletes inaequalis) pour imperméabiliser les cellules de leur nid. Elles sont des abeilles terricoles (habitent dans la terre) et le cellophane est une façon de les protéger de la pluie.

…et si je veux aider les abeilles solitaires dans mon jardin, que dois-je faire?

Les espèces les plus faciles à aider dans les jardins sont les abeilles maçonnes qui font leurs nids hors-sol dans les tunnels. Elles sont vraiment très utiles si vous avez des arbres fruitiers. En mettant de simples nichoirs à abeilles – que nous avons conçu pour leur offrir les conditions idéales de vie – vous contribuerez à redonner des habitats naturels aux abeilles solitaires.

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